Tennis et opéra : à la découverte de liens historiques et culturels

Alors que le monde entier se rassemble à Paris pour les Jeux olympiques d’été, c’est l’occasion idéale de revenir sur la riche histoire culturelle de cette ville emblématique. Paris est depuis longtemps un haut lieu de l'excellence sportive et artistique, un héritage incarné par le lien historique entre le jeu de paume et l'opéra. Précurseur du tennis moderne, le jeu de paume a joué un rôle significatif dans la culture européenne, influençant tant le sport que les arts. Cet article explore la riche histoire du jeu de paume et ses liens avec la grande tradition opératique.

Jeu de Paume : les origines du tennis

Le jeu de paume, est né en France au Moyen Âge. Contrairement au tennis moderne, les joueurs utilisaient d’abord leurs mains nues pour frapper la balle, puis des gants ; ce n’est qu’au XVIe siècle que les premières raquettes cordées firent leur apparition et que le jeu évolua pour devenir ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de tennis. Pratiqué en salle sur des courts spécialement conçus, le jeu de paume était extrêmement populaire auprès de l’aristocratie française (du roi François Ier jusqu’à Henri IV notamment) et s’était répandu dans toute l’Europe. Alors que sa popularité déclinait en France sous le règne de Louis XIV, il commença à connaître un essor rapide outre-Manche, en Angleterre, où ce jeu est aujourd’hui connu sous le nom de « real tennis ». Le mot « tennis » est en réalité une déformation phonétique (et orthographique) du mot français « tenez », que l’on dit à son adversaire après avoir frappé la balle.

Espaces partagés : des salles du Jeu de Paume aux maisons d'opéra

Les courts de jeu de paume n’étaient pas seulement des lieux de sport ; c’étaient aussi des espaces sociaux et culturels. Imaginez les grands stades d’aujourd’hui transformés en salles de concert pour Beyoncé. Avec leurs hauts plafonds et leur vaste surface au sol, les courts de jeu de paume pouvaient accueillir un grand nombre de personnes. Comme le Paris du XVIIe siècle comptait environ 2000 courts et seulement quelques théâtres, ces espaces étaient souvent transformés en salles de théâtre improvisées. Ils servaient également de cadre à des rassemblements politiques, comme ce fut le cas à Versailles en juin 1789 pour le célèbre « Serment du Jeu de Paume ». Cet événement fut l’un des éléments clés qui conduisirent à la Révolution française. Quant à l’opéra, ce genre musical importé d’Italie fut présenté pour la première fois en France précisément dans l’une de ces salles de sport.

Jeu de Paume de la Bouteille : première maison d'opéra

En 1669, le roi Louis XIV accorda au poète Pierre Perrin le privilège royal de diriger la nouvelle Académie royale de musique. Ce privilège consistait en le droit exclusif de présenter des opéras en France. En collaboration avec le compositeur Robert Cambert, ils fondèrent le premier théâtre d'opéra dans la salle connue sous le nom de “Jeu de Paume de la Bouteille”, près de la Seine. En 1671, le premier opéra français fut créé, Pomone par le duo Perrin (livret) et Cambert (musique). L'année suivante, ce même compositeur écrivit son deuxième opéra Les Peines et les Plaisirs de l’amour, cette fois-ci sur le texte de Gabriel Gilbert.

Jeu de Paume de Bel Air : Deuxième maison d'opéra

Avec l'arrivée de Jean-Baptiste Lully au poste de nouvel intendant de l'opéra en 1672, la troupe s'installa dans une autre salle du Jeu de Paume. Cette fois, elle se trouvait au “Jeu de paume de Bel Air”, près de l’ancien, dans l’actuel 6e arrondissement de Paris. La nouvelle salle fut réaménagée par un célèbre décorateur italien, Carlo Vigarani, réputé pour ses machineries scéniques sophistiquées. Lully, qui restera à la tête de l’Opéra pendant les quinze années suivantes, y composa son premier opéra, une tragédie lyrique intitulée Cadmus et Hermione. Cet espace fut abandonné dès l’année suivante, au profit d’un véritable théâtre situé à l’intérieur du Palais-Royal, juste en face du Louvre.

Le musée du Jeu de Paume

Près de deux siècles plus tard, l’histoire allait à nouveau réunir l’opéra et le Jeu de Paume. Après la tentative d’assassinat contre l’empereur français Napoléon III en 1858, devant l’ancien Opéra (Salle Peletier), le gouvernement décida de construire un nouvel opéra. Le projet, dirigé par le jeune architecte Charles Garnier, débuta en 1861 et ne s’acheva qu’en 1875. Pour des raisons liées à la construction, il fallut démolir la salle de jeu de paume située au Passage Sandrié, à proximité du nouveau chantier. Pour la remplacer, une nouvelle salle somptueuse fut construite dans le jardin des Tuileries, à côté du Louvre. Son style et son emplacement étaient symétriques par rapport à l’Orangerie voisine, et cette nouvelle salle était la plus grande de ce type à Paris. On y pratiqua le jeu de paume jusqu’en 1909, date à laquelle ce sport perdit de sa popularité au profit du tennis. Le bâtiment fut transformé en musée en 1944, et depuis 1991, il abrite le principal musée de la photographie de la capitale française.

Jeu de paume et le ballet

Avant même l’arrivée de l’opéra en France, un autre art avait déjà le privilège d’être présenté au Jeu de Paume : le ballet. On sait que Louis XIV était un passionné des arts, un mécène de la musique et un danseur de ballet accompli. Mais c'est sous le règne de son père, Louis XIII, que certains ballets furent présentés en son honneur au « Jeu de Paume du Petit Louvre », une cour située dans le quartier parisien du Marais. Parmi ceux-ci figuraient : le Grand ballet des effets de la nature, et le Ballet du Temps ou le Ballet du Grand Demorgogon.

Tennis et ballet

On dit souvent que les mouvements du tennis ressemblent à ceux d'un ballet. Ces dernières années, les amateurs de tennis ont admiré la beauté et l'élégance du jeu de Roger Federer, qu'ils ont comparé à la grâce de l'art du ballet. Le champion suisse lui-même a d'ailleurs établi ce parallèle lors de sa visite au corps de ballet de l'Opéra de Paris pendant les Jeux olympiques d'été.

Mais c'est Suzanne Lenglen qui incarne le mieux ce lien entre le tennis et le ballet. La célèbre joueuse française des années 1920 fut la première « diva » du tennis, mais aussi une icône de la mode. Elle était connue pour son jeu flamboyant, sa grâce sur le court et l'élégance de ses tenues. Elle a même inspiré deux ballets, créés par la célèbre compagnie des Ballets russes. Le premier, intitulé "Jeux" , a été composé par Claude Debussy, mis en scène par Vaslav Nijinsky et créé lors de la saison d’ouverture du nouveau Théâtre des Champs-Élysées en 1913. Onze ans plus tard (en 1924), c’est la sœur de Nijinsky, Bronislava, qui mettra en scène l’autre ballet, intitulé "Le train bleu" .La distribution était prestigieuse : Darius Milhaud avait composé la musique, Jean Cocteau avait écrit le livret, Coco Chanel avait conçu les costumes et Picasso avait peint les décors. Malheureusement, aucun de ces ballets n'a vraiment connu le succès.

Liens actuels : Théâtre du Jeu de Paume

Enfin, il existe un lien contemporain entre ce jeu de balle ancien et l’art de l’opéra. En effet, le principal théâtre d’Aix-en-Provence, qui est également le plus ancien, tire son nom de la salle du « Jeu de Paume Royal », où le roi Louis XIV lui-même pratiquait ce jeu. Ouvert en 1787, ce théâtre accueillait principalement des pièces de théâtre et des spectacles dramatiques. Cependant, le Festival international d’opéra d’été de cette ville (qui existe depuis 1948) a réinvesti ce théâtre en 2000, après plusieurs années de rénovation complète. Sa petite scène était idéale pour les opéras baroques et contemporains, comme c’était le cas au XVIIe siècle. Certains chefs-d'œuvre oubliés de Cavalli, Rameau et d'autres compositeurs y ont été remis à l'honneur, mais des œuvres de George Benjamin, Ondřej Adámek ou Adam Maor y ont également été créées. Ana Sokolović a repoussé les limites du genre en présentant en 2015 son opéra « Svadba » (Les Noces), un opéra sans orchestre, écrit pour six voix féminines a cappella .

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